La ferme des animaux de George Orwell

Voici un livre qui m’a beaucoup marqué. Sous couvert d’une fable animalière, Orwell nous amène à réfléchir sur la dérive du pouvoir politique, sur la naissance du totalitarisme et sur la soumission des masses. Un roman à lire et à méditer.

la-ferme-des-animauxTitre : La ferme des animaux

Auteur : George Orwell

Editeur : Folio

Pages : 150

Genre : Classique, littérature anglaise, science-fiction

Résumé


Un jour Sage l’ancien, cochon prophète de la ferme du Manoir exhorte les animaux à lutter contre la tyrannie du fermier. Le jour ou celui-ci, ivre mort, oublie de nourrir les bêtes, cela met le feu aux poudres et entraîne un soulèvement des animaux, mené par les cochons Boule de neige et Napoléon. Le fermier Jones et ses comparses sont chassés et les animaux prennent le contrôle de la ferme.

Ils instaurent un système égalitaire fondé sur 7 Commandements immuables. La ferme des Animaux est née. Chacun travaille en fonction de ses compétences et mange à satiété. Les cochons, eux, distribuent le travail et veillent à sa bonne exécution.

Mais très vite, un déséquilibre s’installe au profit des cochons.

Si les animaux s’unissent pour gagner la bataille de l’étable contre les fermiers voisins, des  dissensions apparaissent à propos d’un nouveau projet de création d’un moulin et à propos de la défense de la ferme. Deux clans se créent respectivement autour de Boule de neige et de Napoléon. Ce dernier chasse son concurrent par la force et met fin aux décision communes.

Peu à peu, tous les Commandements sont anéantis. Napoléon s’arroge une garde rapprochée, installe ses quartier dans l’ancienne maison du fermier, troque les produits de la ferme aux humains contre de l’alcool pour lui et ses troupes, dort dans un lit, mange à une table. A l’hiver, la mauvaise gestion du domaine entraîne famine et maladie chez les animaux de la ferme.

Pour garder la mainmise sur la ferme, Napoléon change insidieusement les termes des Commandements, renforce l’oppression, procède à des exécutions publiques.

Ses relations commerciales houleuses avec les humains donnent lieu à des guerres dont les animaux sortent encore plus affaiblis. L’oppression continue et les animaux de la ferme finissent par considérer ce régime dictatorial comme normal. Un seul Commandement persiste désormais « Tous les animaux sont égaux mais certains le sont plus que d’autres. »

Mon avis


Ce livre est une critique détournée du système communiste soviétique. Les animaux (représentant le prolétariat) se soulèvent contre le fermier (Le Tsar renversé pendant la révolution de 1917). Ils mettent en place un système égalitaire (le socialisme) mais celui-ci dégénère et  le cochon Napoléon (figure de Staline) s’érige en dictateur.

Pour ma part, j’ai préféré me détacher d’une lecture purement historique pour une vision plus générale sur les systèmes politique et le comportement humain.

Après la révolution les animaux vivent une période idyllique ou le système égalitaire fonctionne mais n’ayant pas su détecter et s’opposer à la montée de la dictature du cochon Napoléon, ils doivent faire face à une dérive du système. Grâce à la propagande, à l’embrigadement des masses et à la répression, celui-ci s’impose en despote.

Tous les fondements de la société sont remis en cause, tous les principes bafoués. Pour asseoir sa domination, celui-ci banni l’écriture. Lui seul impose ses règles à la masse qui ne bronche pas. La boucle est bouclée. La situation pour les animaux de la ferme est redevenue identique à celle du départ, à savoir un dur labeur sans aucune gratification. Seul les détenteurs du pouvoir ont changé, ce sont maintenant les cochons qui ont remplacé les hommes.

On peut se demander ce qui serait advenu si, au moment ou Napoléon a commencé à vouloir s’imposer en chef et agit contrairement aux Commandements, les animaux s’étaient rebellés. Ici, seuls quelques animaux ont réagi mais la masse a laissé passer.

Ainsi, si ce roman met en exergue le totalitarisme et ses rouages, il me semble que la critique va aussi à la masse qui se laisse manipuler.

Cela me fait penser à la citation de Montesquieu « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » (De l’esprit des lois). C’est la pleine confiance accordée par les animaux, sans aucun contrôle, qui permet à Napoléon d’usurper le pouvoir.

Après la révolution, on assiste à la naissance d’un système paritaire et sept Commandements sont édictés, identiques pour tous afin de ne pas revenir au système précédent. Mais ce régime mis en place n’est pas viable car ne comporte pas de contre-pouvoir. Cela amène une dérive vers le despotisme avec la prise du pouvoir par un seul. Le dernier rempart saute avec le départ forcé de Boule de Neige. Napoléon va lors user de la propagande, de l’embrigadement et de la répression pour asseoir sa mainmise sur le pouvoir. Sa domination est maintenant fondée sur la crainte, il est devenu un dictateur.

Voici une belle leçon de désinformation :

Brille Babil fit le tour de la ferme pour apaiser les esprits. Il assura aux animaux que la résolution concernant le commerce et l’usage de l’argent n’avait jamais été passée, ou même proposée. C’était là pure imagination, ou alors une légende née des mensonges de Boule de Neige. Et comme un léger doute subsistait dans quelques esprits, Brille Babil en personne astucieuse leur demanda : »Êtes-vous tout à fait surs, Camarade, que vous n’avez pas rêvé ? Pouvez-vous faire état d’un document, d’un texte consigné sur un registre ou l’autre ? ». Et comme assurément, n’existait aucun écrit consigné, les animaux furent convaincus de leur erreur.

Une leçon de répression :

Un dimanche matin, Brille Babil déclara que les poules qui venaient de se remettre à pondre devraient donner leurs œufs. […] Les poules tentèrent résolument de faire échec aux vœux de Napoléon. Leur mode de résistance consistait  à se jucher sur les chevrons du comble, d’où les œufs pondus s’écrasaient au sol. La réponse de Napoléon fut immédiate et sans merci. Il ordonna qu’on supprime les rations des poules, et décréta que tout animal surpris à leur donner fut-ce un seul grain serait puni de mort. Les chiens veillèrent à l’exécution de ces ordres. Les poules tinrent bon cinq jours, puis elles capitulèrent et regagnèrent leur pondoirs. Neuf d’entre-elles, entre temps, étaient mortes.

Et enfin une leçon d’endoctrinement :

Napoléon n’était plus jamais désigné par un seul patronyme. Toujours on se référait à lui en langage de protocole : « notre chef, le camarade Napoléon ». De plus, les cochons se plaisaient à lui attribuer des titres tels que Père de tous les animaux, Terreur du genre humain, Protecteur de la bergerie, Ami des Canetons, ainsi de suite. Dans ses discours, Brille Babil exhortait la sagesse de Napoléon et sa bonté de cœur, son indicible amour des animaux de tous les pays […] C’était devenu l’habitude de rendre honneur à Napoléon de tout accomplissement heureux et hasard propice. Aussi, entendait-on fréquemment une poule déclarer à une autre commère poule « sous la conduite éclairée du camarade Napoléon, notre chef, en six jours j’ai pondu cinq œufs ». Ou encore c’étaient deux vaches à l’abreuvoir s’exclamant « Grâces soient rendues aux lumières du camarade Napoléon, car cette eau a un goût excellent »

Et une d’embrigadement :

S’il fallait souffrir bien des épreuves, on en était en partie dédommagé car on vivait plus dignement qu’autrefois. Et il y avait plus de chants, plus de discours, plus de défilés. Napoléon avait ordonné une Manifestation Spontanée hebdomadaire avec pour objet de célébrer les luttes et triomphes de la Ferme des Animaux. A l’heure convenue, tous quittaient le travail, et marchaient au pas cadencé autour du domaine, une-deux, une-deux, et en formation militaire.[…] A eux deux, Malabar et Douce portaient haut une bannière verte frappée de la corne et du sabot, avec cette inscription « Vive le camarade Napoléon ». Après quoi, étaient récités des poèmes en l’honneur de Napoléon puis Brille babil prononçait un discours nourri des dernières nouvelles faisant état d’une production accrue en biens de consommation, et de temps en temps on tirait un coup de fusil.

Informations complémentaires


Extraits

Eut-elle été à même d’exprimer ses idées, alors elle aurait dit : mais ce n’est pas là ce que nous avions entrevu quand, des années plus tôt  nous avions en tête de renverser l’espèce humaine. Ces scènes d’épouvante et ces massacres, ce n’est pas ce que nous avions appelé de nos vœux la nuit ou Sage l’ancien avait exalté en nous l’idée du soulèvement. Elle même se fut-elle fait une image du futur, ç’aurait été celle d’une société d’animaux libérés de la faim et du fouet ; ils auraient été tous égaux, chacun aurait travaillé selon ses capacités, le fort protégeant le faible […]. Au lieu de quoi – elle n’aurait su dire comment c’était arrivé- des temps sont venus ou personne n’ose parler franc, ou partout grognent des chiens féroces, ou l’on assiste à des exécutions de camarades dévorés à pleines dents après avoir avoué des crimes affreux. Il ne lui venait pas la moindre idée de révolte ou de désobéissance.[…] Quoiqu’il arrive, elle serait fidèle, travaillerait ferme, exécuterait les ordres, accepterait la mainmise de Napoléon.

A propos de Georges Orwell

Georges Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est un écrivain anglais né en Inde en 1903. Son père est fonctionnaire de l’administration des Indes. De retour en Angleterre, il est placé en internat pour ses études. C’est un élève brillant qui obtient une bourse à Eton.

A 19 ans, il retourne en Inde ou il sert dans la police impériale birmane. Ce poste ne l’intéresse que peu et il passe beaucoup de temps à lire et à écrire.

A son retour en Europe, il tente infructueusement de percer dans une carrière d’écrivain et de journaliste. Il mène, un temps, une existence de clochard. Il publie ses premiers livres mais sans rencontrer le succès.

En 1936, il participe à la guerre civile d’Espagne dans les rangs républicains. Mais il est démobilisé suite à une blessure à la gorge et regagne l’Angleterre avec son épouse.

Il s’engage politiquement et rédige des essais politiques. Il devient directeur de The Tribune journal de gauche. C’est à cette période qu’il rédige La ferme des animaux.

Atteint de tuberculose, il meurt en 1950.

Du même auteur

Georges Orwell a publié de nombreux écrits politiques mais aussi des nouvelles et romans comme :

  • Une histoire birmane
  • Dans la dèche à Paris et à Londres
  • Une fille de pasteur
  • Un peu d’air frais
  • La ferme des animaux
  • 1984
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Une réflexion sur “La ferme des animaux de George Orwell

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