Les deux messieurs de Bruxelles : cinq nouvelles d’Eric Emmanuel Schmitt

Cinq nouvelles pour se plonger dans l’univers des liens invisibles. Au travers de 5 tranches de vies totalement différentes, Eric Emmanuel Schmitt touche des questions d’actualité et nous dépeint des amours diverses, des amours complexes, des amours qui peuvent mener à la haine.

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Titre : Les deux messieurs de Bruxelles

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt

Editeur : Audiolib

Durée : 7h

Genre : Roman contemporain, littérature française, nouvelle

L’histoire


Les deux Messieurs de Bruxelles

Geneviève Grenier apprend un jour par un notaire qu’elle est l’unique héritière de la fortune d’un homme qui lui est totalement inconnu. Elle ignore que cet homme, Jean, et son compagnon avaient assisté à son mariage 55 ans plus tôt et avaient, en même temps qu’elle, scellé secrètement leur union. Se sentant lié à elle, ils avaient suivi sa vie dans l’ombre.

Le Chien

Samuel Heymann, médecin de campagne, aime les chiens et plus particulièrement les Beauceron. Il en a eu toute sa vie, remplaçant immédiatement un Beauceron par un autre Beauceron identique et portant inlassablement le nom d’Argos. Lorsque son chien se fait écraser par une voiture, le vieil homme se donne la mort. Sa fille et son ami partent alors en quête de l’histoire de cet homme qu’ils ont côtoyé sans vraiment le connaître ni le comprendre. Quel est la raison de l’attachement indéfectible de cet homme à son Beauceron ?

Ménage à trois

Constance est veuve, mère de deux enfants et criblée des dettes laissées par son défunt mari, un musicien bohème qui n’a jamais connu le succès. Elle rencontre un ambassadeur le comte Von Nissen qui tombe sous son charme lorsqu’elle lui parle de son défunt mari. Elle est soulagée d’avoir trouvé un soutien auprès de cet homme qu’elle aime même s’il ne peut lui faire oublier son premier mari. Loin de vouloir l’oublier, l’ambassadeur fait au contraire tout pour faire revivre la musique de ce dernier qu’il considère comme unique et géniale. L’ombre du défunt plane sur le couple à tel point que c’en est presque un ménage à trois.

Un cœur sur la cendre

Alba adore son neveu Jonas, avec qui elle s’entend beaucoup mieux qu’avec son propre fils Thor. Malheureusement Jonas se meurt lentement à cause d’une insuffisance cardiaque. Il a besoin en urgence d’une greffe de cœur. Après une dispute, Thor se rend chez son grand-père. Mais sur le chemin du retour, il est victime d’un accident. Jonas, quand a lui, est appelé pour recevoir une greffe. Est-ce un hasard ? Cette question va hanter Alba jusqu’à la mener à la pire extrémité.

L’Enfant fantôme

Un couple sur un banc fait tout pour s’ignorer. Pourtant ces deux êtres se sont passionnément aimés pendant de longues années. Mais une interruption thérapeutique de grossesse en raison d’une maladie du fœtus va bouleverser leur vie.

Mon avis


S’il varie les lieux, les époques, le style des protagonistes, Eric Emmanuel Schmitt nous parle d’amour tout au long de ces 5 nouvelles : l’amour d’un homme pour son son partenaire, l’amour d’un médecin pour son chien, l’amour d’une mère. Mais plus encore, il traite brillamment « des sentiments obliques, ceux que nous n’avouons pas ». On est alors face à un amour indirect, un amour par procuration, un amour qui se transforme en haine. C’est ce qui rend ces nouvelles si intéressantes et singulières. J’ai également apprécié le travail de l’auteur sur la chute des histoires, tantôt bienvenue, tantôt inattendue, tantôt fantaisiste.

La première nouvelle Les deux messieurs de Bruxelles est originale par sa construction puisque l’on suit la vie d’un couple via un autre couple. L’auteur nous brosse en parallèle deux histoires d’amour scellées le même jour en la Cathédrale Sainte Gudule : d’un coté, Geneviève et Eddy, couple ouvrier, qui connaît les joies de la famille mais aussi les vicissitudes de la vie (chômage, adultère, séparation, maladie) et d’un autre côté l’amour de Jean et Laurent, couple homosexuel bourgeois, qui s’aime avec passion mais aussi avec discrétion et sérénité. Mais ce qui m’a interpelée dans cette nouvelle, c’est surtout l’amour que portent Laurent et Jean pour David, le fils de Geneviève, ce fils qu’ils n’ont jamais eu et qu’ils considèrent comme le leur, l’aidant à distance, le couvrant anonymement de cadeaux sans que celui-ci ne les connaisse. Grâce à Geneviève, les deux Messieurs de Bruxelles ont un fils par procuration. Après leur mariage virtuel, ils vivent une vie de famille virtuelle.

Dans la seconde nouvelle Le chien, c’est l’amour de soi et l’amour de son prochain qu’un homme, qui a subit les atrocités de la guerre, va être capable de retrouver grâce à son chien. Ce récit est fort et poignant car l’auteur retrace la vie d’un adolescent dans un camp de concentration pendant la 2nde guerre mondiale. Comment, à cause de ce qu’il subit, il perd peu a peu son humanité. C’est finalement l’amour inconditionnel et indéfectible d’un chien qui lui permettra de retrouver confiance en l’humanité et de pardonner à celui qui l’a trahi. « Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l’homme. »

La troisième nouvelle Ménage a trois est plus légère et se termine sur une chute originale. C’est agréable et permet de « souffler » après la dureté de la 2nde nouvelle. Le ton est badin et le récit est amusant. Cette nouvelle est celle qui, a priori, me plaisait le moins du fait du caractère antipathique de son personnage principal, mais la chute rehausse l’histoire et nous permet de la revoir sous un angle différent. Porté par son amour de la musique, Eric Emmanuel Schmitt  s’appuie sur des faits réels pour décrire le lien invisible liant un des plus grand compositeur à son plus grand fan, le nouveau mari de sa veuve.

Dans la quatrième nouvelle Un cœur sous la cendre Eric Emmanuel Schmitt traite de la question du don d’organe et de l’accompagnement des familles. L’organe qui a été prélevé sur son enfant lui donne t’il à Alba un droit sur la vie de celui qui a reçu la greffe. Elle qui préférait son neveu à son fils, a-t-elle encore le droit d’aimer le premier après la mort du second ? La culpabilité qu’elle ressent va transformer son amour en haine et la mener aux pires extrêmes.

La dernière nouvelle L’enfant fantôme est très courte mais terrible dans la question qu’elle laisse en suspens. Le couple est confronté à une difficile décision pendant la grossesse de Séverine en raison de la malformation du fœtus. S’ils parviennent à surmonter l’épreuve de l’interruption de grossesse, leur choix est remis en question quelques années plus tard quand, au cours d’un accident, ils ne doivent leur sauvetage qu’à l’intervention d’une jeune femme qui incarne à l’enfant qu’ils auraient pu avoir. Le couple est sauvé mais détruit.

Informations complémentaires


A propos de l’auteur

Eric Emmanuel Schmitt est né en 1960 de parents professeurs. Élève dissipé, il se découvre une passion pour le théâtre lors d’une représentation de Cyrano de Bergerac. Il commence alors à rédiger de courtes pièces qu’il met en scène dans son lycée. Il poursuit ses études à l’Ecole Normale Supérieure et ressort agrégé de philo en 1987. Il enseigne la philo tout en continuant d’écrire des pièces de théâtre. En 1991 sa 1ere pièce La Nuit de Valognes est jouée à la Comédie des Champs-Elysées. Il enchaîne avec Le Visiteur, qui lui vaut deux Molières. A partir de 2000, Eric Emmanuel Schmitt, commence l’écriture de romans et de nouvelles. Là aussi, il rencontre le succès : il a été traduit en 40 langues et joué dans plus de 50 pays. En 2012, il acquiert le Théâtre Rive Gauche à Paris dont il devient le directeur artistique. Il rentre également à l’Académie Française.

Autres œuvres

Coté théâtre :   La Nuit de Valognes, Le Visiteur, Variations énigmatiques, Le Libertin, Frédérick ou Le Boulevard du Crime, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, L’évangile selon Pilate, Oscar et la dame rose,  La Tectonique des sentiments, Kiki Van Beethoven, Un homme trop facile, The Guitrys,  La trahison d’Einstein…

Côté livres:  Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir, Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus, Lorsque j’étais une œuvre d’art, Ulysse from Bagdad, La Femme au miroir, Les Perroquets de la place d’Arezzo, L’élixir d’amour,  Le poison d’amour , La nuit de feu, L’homme qui voyait à travers les visages + 4 recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires,  La rêveuse d’Ostende, Concerto à la mémoire d’un ange (prix Goncourt de la nouvelle), Les deux messieurs de Bruxelles.

Coté cinéma : Odette Toulemonde (avec Catherine Frot et Albert Dupontel), Oscar et la dame rose (avec Michèle Laroque).

Coté musique : Ma Vie avec Mozart, Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent, Le Carnaval des animaux

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2 réflexions sur “Les deux messieurs de Bruxelles : cinq nouvelles d’Eric Emmanuel Schmitt

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