Frappe-toi le coeur d’Amélie Nothomb

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » C’est cette phrase d’Alfred de Musset qu’Amélie Nothomb fait résonner dans son avant-dernier roman ou elle analyse les rapports complexes et tourmentés d’un mère et sa fille, entre amour, jalousie, rancœur et indifférence.

frappe-toi-le-coeur

Titre : Frappe-toi le coeur

Auteure : Amélie Nothomb

Editeur : France Loisirs

Pages : 167

Parution : 2017

Genre : littérature belge, Contemporain

 

L’histoire (4ème de couverture)


Dans sa petite ville de province, la jolie Marie, 19 ans, ne prend du plaisir que quand les autres l’envient. Une émotion destructrice qui la gagne et la ronge lorsqu’elle l’éprouve vis-à-vis de sa première enfant. Alors que celle-ci luttera pour son bonheur, Marie cherchera la paix avec elle-même, aspirant à la rédemption.

Sous la plume d’Amélie Nothomb, une grande histoire d’amour et une fascinante étude de la jalousie.

 

Mon avis


Amélie Nothomb décortique ici avec brio les liens familiaux et en particulier la rivalité qui peut exister entre une mère et sa fille.

L’histoire démarre sur Marie, jeune fille magnifique qui adore être le centre d’attention et a besoin de se sentir jalousée. Au début, je plaignais presque cette jeune femme devenue mère trop tôt, sans le vouloir réellement et sans pouvoir profiter pleinement de sa jeunesse. Mais pour Marie le problème n’est pas que son enfant l’empêche de profiter de sa vie mais surtout que cet enfant lui vole la vedette et l’attention de son entourage. Elle développe alors une jalousie maladive à l’égard de sa fille, une rivalité terrible qui va rendre leur relation difficile.

La plume acérée d’Amélie Nothomb ne ménage aucun des protagonistes de l’histoire : la mère égoïste et jalouse, le père lâche, les grands parents aimants mais qui n’osent pas intervenir. Car le père a sa part de culpabilité. Amoureux de sa femme, il ferme les yeux sur son comportement avec leur fille quitte à laisser celle-ci souffrir.

J’ai été marquée par fa froideur extrême du personnage de Diane qui, même enfant, fait preuve d’un détachement et d’un esprit d’analyse hors du commun. J’ai entendu plusieurs interviews d’Amélie Nothomb ou elle explique avoir des souvenirs de sa toute petite enfance, souvenirs qui disparaissent normalement vers l’âge de 3-4 ans. Elle aime également à penser que les enfants « ont tout compris » et ont une faculté supérieure aux adultes à analyser certaines choses. Toutefois, la façon dont elle fait parler Diane enfant m’a semblé peu naturelle. La froideur de la jeune fille tend à nous détacher d’elle.

Diane réfléchit, analyse, décortique sans cesse. Cette froideur qu’elle a élevée comme une carapace pour se protéger du désamour et du désintérêt de sa mère tend finalement à la rendre comme elle : un personnage parfait, que l’on envie mais qui reste seule et inaccessible.

Malgré tout, elle fend la carapace le jour ou elle rencontre Elisabeth, une universitaire brillante à laquelle elle s’attache particulièrement, cherchant à lui plaire comme elle avait tenté de plaire à sa mère. C’est là qu’Amélie Nothomb fait preuve d’une ingéniosité machiavélique en nous dévoilant peu à peu la double face de ce personnage d’Elisabeth… Cette mère de substitution n’est-elle pas finalement pire que la vraie mère de Diane ?

Un roman réussi mais très sombre sur la nature humaine.

 

Informations complémentaires


Bibliographie d’Amelie Nothomb

Hygiène de l’assassin (1992) – Le Sabotage amoureux (1993, Prix Jacques Chardonne) – Les Combustibles (1994) – Les Catilinaires (1995) – Peplum (1996) – Attentat (1997) – Mercure (1998) – Stupeur et tremblements (1999, Grand prix du roman de l’Académie française) – Métaphysique des tubes (2000) – Cosmétique de l’ennemi (2001) – Robert des noms propres (2002) – Antechrista (2003) – Biographie de la faim (2004) – Acide sulfurique (2005) – Journal d’Hirondelle (2006) – Ni d’Eve ni d’Adam (2007, Prix de Flore) – Le fait du Prince (2008) – Le voyage d’hiver (2009) – Une forme de vie (2010) – Tuer le père (2011) – Barbe bleue (2012) – La nostalgie heureuse (2013) – Pétronille (2014) – Le crime du comte Neville (2015) – Riquet à la houppe (2016) – Frappe-toi le coeur (2017) – Les prénoms épicènes (2018)

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