Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron

Souvenez-vous, j’étais déjà en compagnie d’Einstein il y a peu de temps avec le roman humoristique de Didier Van Cauwelaert intitulé J’ai perdu Albert. Je pensais donc retrouver le savant, au vu du titre de l’ouvrage d’Olivier Liron. Nulle trace d’Albert Einstein dans ce roman mais une histoire singulière et finalement assez prenante.

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Titre : Einstein, le sexe et moi

Auteur : Olivier Liron

Editeur : Alma Editions

Pages : 280

Parution : 2018

Genre : Littérature française, Contemporain

 

L’histoire (4ème de couverture)


« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »
Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

Mon avis


Einstein, le sexe et moi est un roman étrange et original, une sortie d’ovni littéraire. L’histoire est construite autour d’une journée passée par l’auteur au sein de Question pour un champion, le jeu télévision animé, à l’époque, par Julien Lepers. On revit avec lui cette journée particulière de sa vie tout en découvrant, en même temps, des bribes de son histoire.

En 2012, Olivier Liron, jeune homme de 25 ans, doctorant en Lettres et autiste Asperger, a en effet participé à Question pour un super Champion, émission qui a bouleversé sa vie.

Le livre est découpé en 4 parties  tout comme les 4 parties du jeu télévisé Question pour un champion : 9 points gagnants / 4 à la suite / le face à face / la finale. Sans être une adepte de cette émission, celle-ci est tellement mythique que j’ai facilement pu m’immerger dans l’ambiance du jeu. J’imaginais même les mimiques de Julien Lepers ! Olivier Liron parvient parfaitement à transmettre la tension ressentie, en tant que candidat, au fur et à mesure des épreuves. Je me suis prise au jeu et j’ai trouvé Question pour un champion franchement plus intéressant dans le roman qu’à la télévision !

Mais ce roman est aussi et surtout l’occasion pour l’auteur de nous confier, d’une manière à la fois amusante et sensible, son histoire et les passages difficiles de sa vie. Enfant différent en raison de son autisme, il a du faire face aux moqueries, au harcèlement et à la violence tout au long de sa scolarité. Sa seule échappatoire a été la fuite et l’isolement. Sa difficulté à décoder les comportement sociaux, caractéristique du syndrome d’Asperger, a encore renforcé cette solitude. Le savoir, la connaissance et la littérature seront alors ses refuges. C’est ensuite sa capacité extraordinaire à mémoriser les informations qui lui permettra de se démarquer et de participer à Question pour un Champion.

Mon bémol : je n’ai pas toujours compris les digressions de l’auteur, surtout celles d’ordre sexuel. Ce sujet, qui le tourmente beaucoup, est parfois abordé de manière très crue et parfois sans aucun lien avec le reste de l’histoire. De même, je me suis sentie perdue dans les passages concernant sa famille. Olivier Liron présente ses parents et sa grand-mère en énonçant des faits mais il est difficile de savoir quels sont ses sentiments réels envers eux. Cela est peut-être en lien avec son autisme qui entraîne une sorte de détachement émotionnel.

Par contre, j’ai trouvé de magnifiques passages ou l’auteur se livre de manière vraiment émouvante.

 » J’avais honte et ma honte était une vague, j’avais honte et ma honte était une ruisseau, j’avais honte et ma honte était une guerrière, j’avais honte et ma honte était un océan, j’avais honte et ma honte était une montagne, j’avais honte et ma honte était un volcan. Tu n’imagines pas Barbara, en fait ma vie c’était ça, ma vie c’était ce sentiment, la honte. Pour moi, il était normal d’avoir honte comme ça de son corps, la honte pour moi était normale comme le vent, normale comme l’eau du robinet, normale comme le fait de trier les poubelles, normale comme les nuages noirs en hiver, normale comme une alarme qui vous réveille tous les jours à la même heure, normale comme un mauvais cauchemar, toujours le même, qui vous terrasse dans vos nuits sans sommeil. Personne n’était là pour me dire que ce n’était pas normal »

Olivier Liron parle avec sincérité et justesse de son syndrome d’Asperger, de sa différence qu’il a réussi à transformer en force, et ses mots m’ont touchée.

« J’aurais simplement voulu lui dire quelques mots. Mais il n’y avait que le silence quand j’ouvrais la bouche. J’aurais voulu lui dire qu’il y a des choses que je ne comprenais pas, que je ne savais pas moi-même.

J’aurais voulu lui dire que je ne savais pas ce que j’étais, que je ne savais pas qui j’étais, j’aurais voulu lui avouer des choses dont je n’ai jamais parlé. J’aurais voulu lui dire que j’avais coupé les ponts avec ma famille, que j’avais besoin d’aide, que j’aurais aimé lui parler, juste lui parler. J’aurais voulu lui dire que je me sentais seul et que je me sentais abandonné. J’aurais voulu lui dire que j’avais grandi dans un monde qui était pour moi ultraviolent. J’aurais voulu lui dire qu’autour de moi je trouvais le monde si fou, si fou.

J’aurais voulu lui dire que je ne m’accordais pas le droit d’être moi-même, qu’on ne m’avais jamais accordé le droit d’être moi-même, et que j’avais l’impression d’être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre. J’ai un monstre en moi. »

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