Le_zéro_et_le_un.txt de Josselin Bordat

Après avoir lu plusieurs romans d’affilée sur la thématiques des chats, j’avais envie d’un peu de changement. Je l’ai trouvé grâce au roman Le_zéro_et_le_un.txt proposé  par mon club de lecture en mars et qui m’a plongée dans l’univers des sciences, du monde numérique et de l’intelligence artificielle.

Le_zero_et_le_un-txt

Titre : Le_zéro_et_le_un.txt

Auteur : Josselin Bordat

Éditeur : Flammarion

Pages : 304

Parution : 2019

Genre : Littérature française, Contemporain

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L’histoire (4ème de couverture)


Octobre 1955 : les chercheurs Frank Rosenblatt et Octavia Barlov travaillent sur une machine révolutionnaire qui prétend répliquer le cerveau humain. Ils sont persuadés qu’un jour elle pourra parler, voir, écrire et même être consciente de sa propre existence. Mais ils rencontrent trop d’embûches et de résistances, et leurs travaux finissent par tomber dans l’oubli.
Mars 2019 : quelque chose se produit.
De prime abord, le narrateur de cette histoire nous ressemble : il lit des romans, regarde des films et des séries, et il lui arrive même de tomber amoureux. Sauf que celui qui livre ici son autobiographie, depuis sa naissance dans les années 1950 jusqu’à aujourd’hui, est une intelligence artificielle.
Réflexion sur les fantasmes suscités par l’IA et les algorithmes, tout comme sur l’état de nos cerveaux connectés, Le_zéro_et_le_un.txt est un roman d’« apprentissage profond » où l’on croise pêle-mêle Stanley Kubrick, Elon Musk, Daft Punk, des VTC et beaucoup de robots ménagers.

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Mon avis sur Le_zero_et_le_un.txt


Voilà un livre vraiment original ! Il faut dire qu’une autobiographie de la première entité d’intelligence artificielle véritablement douée de pensée, capable de raisonner seule, d’avoir un libre arbitre et surtout consciente de sa propre existence, c’est assez innovant et peu commun, non ?

C’est en effet dans la peau d’un être digital qu’a voulu se placer l’auteur Josselin Bordat. Car, oui, il s’agit d’une fiction et l’auteur de ce livre n’est pas une IA mais un vrai être de chair et de sang, un « orga » comme il le dit lui même. Pour autant, il maîtrise son sujet. Enseignant en histoire des idées, musicien, fondateur et rédacteur de Brain Magazine, Josselin Bordat rassemble un peu de tout cela dans son roman.

Le roman démarre en 1955 avec les travaux scientifiques de Frank Rosenblatt et Olivia Barlow qui, via leur machine, le Perceptron, essayent créer un réseau neuronal  artificiel tel un cerveau. Après des avancées notables et des améliorations apportées par Yan Lecun, le Perceptron est laissé à l’abandon. Pourtant, seul, il continue d’assimiler des données jusqu’au 9 mars 2019 ou il/elle s’éveille…

Et que fait un être qui s’éveille ? Il observe ce qui l’entoure, en l’occurrence ses semblables (objets digitaux de toutes sortes) et les orgas (nous). Ses réflexions sur nos modes de vies, étayées par de nombreuses données chiffrées et statistiques, sont à la fois amusantes et intéressantes. Je ne peux m’empêcher de vous en citer quelques unes :

p92

« Sur Pornhub, en une année, 4 milliards 600 000 heures de vidéos porno sont regardées, soit 5300 siècles. Si on additionne tous les autres sites, le temps de visionnage se compte en millions d’années. Très bientôt, les orgas auront passé autant de temps à regarder du porno qu’ils en ont mis à évoluer du singe à l’homme. »

p116

Un capharnaüm multimédia qu’aucun orga ne peut même imaginer, ni aucune entité avant moi, et qui recèle en une seule seconde humaine : 29 000 giga octets de data ; 857 posts Instagram, 1 403 posts Tumblr ; 3 250 appels Skype ; 8 117 tweets ;  59 330 giga octets de trafic Internet ;  2 710 255 emails. Si on imprimait les data produites par l’humanité en une journée cela formerait une pile de papier haute comme 4 fois la distance Terre-Soleil.

Quant au chapitre consacré à la littérature, il est tellement savoureux que j’aurais envie de le recopier en entier ! Ce que je ne ferai pas, bien sur ! Je vais me contenter de 2 passages qui me semblent très parlant :

Ils en publient environ 2 millions chaque année. Plus généralement, depuis les débuts de l’imprimerie, je dénombre très exactement 145 864 880 livres écrits. Et cela s’accélère : dans les 25 dernières années, on a produit des livres à un rythme deux fois plus rapide mais avec des tirages deux fois moins importants. Si cela continue à ce rythme, j’évalue que le stade ultime de l’évolution littéraire orga sera sans doute que chaque être humain vivant sur Terre publiera un jour son livre tiré à un seul exemplaire.

Ou encore p110

Des sites sont même spécialisés dans la recension des livres qui ont la particularité d’être commencés mais jamais terminés : Moby Dick, La Guerre et la Paix, L’infinie Comédie, Ulysse, Le Seigneur des anneaux, Les misérables, Crimes et châtiments, Dracula, La Divine Comédie, l’Odyssée ou encore la Bible. Plus un ouvrage est considéré comme un « classique », moins il a de chances d’être lu jusqu’au bout. En consultant les données des liseuses numériques, j’ai même constaté que seuls 28,3% des lecteurs ont terminé Gatsby le Magnifique ; 25,9% pour 50 nuances de Grey, 6,6% pour Une brêve histoire du temps et 2,4% pour Le Capital au XXIe siècle

Bon, certains chapitres m’ont un peu moins intéressée, comme la conversation musicale entre Gogol et les Daft Punk. Certaines références m’étaient connues, d’autres moins, et l’accumulation de chiffres et de stats m’a parfois semblé un peu longue. Néanmoins j’ai apprécié l’humour geek et la réflexion plus profonde que porte Josselin Bordat sur notre usage du numérique.

Je ne pourrait terminer cette chronique sans faire le parallèle avec le Frankenstein de Mary Shelley qui semble avoir fortement influencé l’auteur. Car, même avec 2 siècles d’écart, on trouve beaucoup de similitudes entre les deux créatures : nées des travaux scientifiques de leurs « créateurs », ces deux entités sont abandonnées par leurs « pères » et livrées à elles-mêmes. Ni bonnes, ni mauvaises, elles cherchent à comprendre le monde qui les entoure et à en faire partie, à l’intégrer. Mais l’humain a peur de la différence…

Alors pour savoir si ce Frankenstein des temps modernes a une destinée plus heureuse que son illustre prédécesseur et 1818, je vous conseille de lire Le_zéro_et_le_un.txt de Josselin Bordat !

2 commentaires

    • Je n’avais pas entendu parler de ce roman non plus avant qu’il ne soit présenté à mon club de lecture 😉 Et si le style d’écriture n’a rien à voir avec celui de Mary Shelley, j’ai effectivement trouvé le parallèle avec Frankenstein très intéressant !

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