La peste d’Albert Camus

Dans mes résolutions littéraires pour 2021, j’avais émis l’idée de lire chaque mois un livre d’un auteur récompensé par un prix Nobel de littérature. J’ai donc commencé en janvier avec deux nouvelles d’Albert Camus : Jonas ou l’artiste au travail suivi de La pierre qui pousse. Ayant beaucoup apprécié la plume de cet auteur, j’ai eu envie de me plonger dans l’un de ses romans les plus connus dont le thème fait totalement écho à l’actualité : La peste.

La peste de Camus

  • Titre : La peste
  • Auteur : Albert Camus
  • Editeur : Folio
  • Pages : 128
  • Date de parution : 1947
  • Genre : Littérature française, Classique

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4ème de couverture


«– Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux?
– J’attends le résultat des analyses.
– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère : « C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.»

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Mon avis sur la peste de Camus


J’ai hésité à lire ce roman en pleine pandémie, craignant que cette lecture ne soit un peu trop anxiogène. Mais au final, non. Au contraire, le découvrir maintenant me permet d’apprécier au mieux la justesse de la vision de Camus et la pertinence de ses propos sur la sensation d’étouffement, sur la solitude, sur le sentiment de menace permanente que fait planer l’épidémie au dessus de nos têtes depuis de trop nombreux mois.

Si Camus n’a pas vécu lui-même une situation épidémique, il s’est beaucoup documenté sur la question et l’a rapproché de son vécu de la 2nde guerre mondiale (pendant laquelle il fut séparé de sa femme restée chez eux à Oran alors que lui était en France).

Le roman s’ouvre sur la ville d’Oran, un printemps dans les années 1940. Le 16 avril tout commence avec une multiplication de rats trouvés morts et sanglants dans les immeubles et les rues de la ville. Le 29 avril des premiers symptômes se déclarent chez les humains et les premiers morts sont recensés le 30 avril. Bernard Rieux, un jeune médecin de la ville, demande que les nouveaux cas soient placés à l’isolement mais très vite la masse des habitants est atteinte de fièvre.

« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent toujours les gens aussi dépourvus. »


J’ai noté beaucoup de phrases fortes qui font particulièrement écho en cette période.

« Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. « 

Camus souligne parfaitement la difficulté des gens à réagir même en connaissant le risque car l’esprit humain à du mal à mettre une réalité sur des faits qu’il ne visualise pas. Le risque de dizaines, centaines, milliers de morts reste abstrait tant qu’on n’a pas vu ces morts, tant qu’on n’a pas été touché par la perte d’un être cher.

Malgré les remontées alarmantes des médecins, dont le docteur Rieux, la réaction des autorités reste frileuse. On se retrouve en plein dans l’actualité avec le manque de lits dans les hôpitaux, des vaccins qui n’arrivent pas, des mutations du virus.

« La question […] n’est pas de savoir si les mesures prises par la loi sont graves mais si elles sont nécessaires pour empêcher ma moitié de la ville d’être tuée. « 


Très justement, Camus parle de la difficulté des gens confinés de pouvoir à nouveau envisager un avenir alors que personne n’est en mesure de déterminer la durée du virus.

« C’est que lorsque les plus pessimistes l’avaient fixée par exemple à six mois, lorsqu’ils avaient épuisé d’avance toute l’amertume de ces mois à venir, hissé à grand peine leur courage au niveau de cette épreuve, tendu leurs dernières forces pour demeurer sans faiblir à la hauteur de cette souffrance étirée sur une si longue suite de jours, alors, parfois, un ami de rencontre, un avis donné par un journal, un soupçon fugitif ou une brusque clairvoyance, leur donnait l’idée qu’après tout, il n’y avait pas de raison pour que la maladie ne durât pas plus de six mois, et peut être un an ou plus encore. A ce moment, l’effondrement de leur courage, de leur volonté et de leur patience était si brusque qu’il leur semblait qu’ils ne pourraient plus jamais remonter de ce trou. »

Au début du roman, il se passe beaucoup de choses. l’auteur installe l’épidémie de peste dans la vie de la population. Puis, peu à peu le rythme ralentit au fur et à mesure que la situation s’enlise.

« C’est que rien n’est moins spectaculaire qu’un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans les souvenirs de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n’apparaissaient pas comme de grandes flammes somptueuses et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage. »

Et c’est là, qu’on se met vraiment à s’intéresser à l’humain, aux personnages et à leur psychologie. Il y a ainsi Rieu le médecin qui soigne sans relâche et cache à tous le manque qu’il ressent face à labsence de son épouse ; Tarrou nouvellement arrivé à Oran qui met en place des formations sanitaires ; Grand, un employé de mairie qui gère le soir l’administration de ces équipes sanitaires tout en continuant de chercher la phrase parfaite pour son roman. D’autres comme Rambert vont dépasser leurs aspirations personnelles et égoïstes pour s’impliquer dans le combat collectif contre la maladie. Ces personnages deviennent donc des héros du quotidien.

Et finalement, au cœur du désastre, ce sont des notions positives de solidarité et de lutte pour la vie que fait ressortir Albert Camus. Les fléaux comme la guerre ou la maladie peuvent amener tout un chacun à se replier sur soi dans une attitude de protection. Ils peuvent aussi faire ressortir le pire avec des scènes de pillage, d’émeutes, la mise en place d’un marché noir. Mais Camus préféré retenir une vision plus humaniste.

« Pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses, à admirer que de choses à mépriser »

La peste est un roman que j’ai lu très lentement, quelques pages chaque soir ; de nombreux passages me donnant à réfléchir ! Que l’on voit dans ce roman une métaphore de la guerre et du nazisme ou qu’on le lise au sens premier de la lutte contre une pandémie, je trouve que les mots de Camus sonnent juste. Une lecture que je conseille !

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Informations complémentaires


Bibliographie d’Albert Camus

Quelques unes des œuvres d’Albert Camus :

Le cycle de l’absurde : L’étranger, Caligula, Le Mythe de Sisyphe, Le malentendu, L’envers et l’endroit,

Le cycle de la révolte : La Peste, L’Homme révolté, Les justes, Le mythe de Promethée

Le cycle de l’amour : Le premier homme, Le mythe de Némésis, Don Faust

2 commentaires

  1. Coucou Adely et bravo à toi d’avoir lu et fini ce roman. J’ai commencé la peste mais l’ai mis de côté. Je ne sais pas si je le reprendrais tout de suite : ta chronique et superbe et donne envie de découvrir le livre mais j’ai aussi envie de m’évader par la lecture en ce moment… Je te souhaite un bon week-end de Pâques.

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