Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

Le meilleur des mondes est un livre culte, un chef d’œuvre de la littérature d’anticipation que je voulais lire depuis longtemps. Il attendait patiemment sur mes étagères depuis des années jusqu’à ce que je me décide à l’en sortir et à le lire en quelques heures à peine !

Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley

Titre : Le meilleur des mondes   (Brave new world)

Auteur : Aldous Huxley

Editeur : Pocket

Parution : 1932

Pages : 320

Genre : Littérature anglaise, Science-fiction

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L’histoire (4ème de couverture)


Voici près d’un siècle, dans d’étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des « Alphas », génétiquement déterminés à être l’élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd’hui, il nous paraît même familier…

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Mon avis sur le meilleur des mondes


Bienvenue dans un monde idéal. Un monde où n’existe plus de guerre, de famine, de vieillesse, de maladie. Un monde où tout le monde est heureux et satisfait de ce qu’il a. Un monde qui a banni la solitude. Un monde où la moindre angoisse est résolue avec un comprimé de Soma. Bienvenue dans le modèle fordien basé sur la technologie, la rationalité, la productivité.

Aldous Huxley a imaginé un futur où les progrès de la science et des technologies ont permis de créer « un monde parfait » basé sur 3 principes « communauté, identité, stabilité ». Chacun y est heureux, mais ce bonheur est un bonheur artificiel, un bonheur limité à la satisfaction des besoins basiques de l’individu. Individu qui n’est d’ailleurs qu’une « cellule du corps social ». Car, dans le modèle fordien « chacun appartient à tous les autres ».

Dans cette société, point de rêve, point de passion, point d’originalité, point de démesure, point de créativité. Bref, rien qui ne transcende l’être. Rien de ce qui fait justement notre humanité !

Dès les premiers chapitres, j’ai été saisie par le cynisme et la froideur de la présentation de « l’usine à embryons » et des méthodes de régulation des naissances et de conditionnement des êtres humains. Dans cette société les naissances sont programmées totalement artificiellement par l’Etat. Les fœtus sont classés en castes et sont modifiés pour répondre aux besoins des tâches qu’ils auront à effectuer toute leur vie. Vient ensuite le formatage des cerveaux avec un conditionnement intensif qui permet d’obtenir des êtres dociles et parfaitement standardisés. Quelle vision glaçante d’une société eugénique !

« Les primevères et les paysages, fit-il observer, ont un défaut grave : ils sont gratuits. L’amour de la nature ne fournit de travail à nulle usine. On décida d’abolir l’amour de la nature, du moins parmi les basses classes, d’abolir l’amour de la nature mais non point la tendance à consommer du transport. Car il était essentiel, bien entendu, qu’on continuât, à aller à la campagne, même si l’on avait cela en horreur. Le problème consistait à trouver à la consommation du transport une raison économiquement mieux fondée qu’une simple affection pour les primevères et les paysages. Elle fut dûment découverte – Nous conditionnons les masses à détester la campagne, dit le Directeur pour conclure, mais simultanément nous les conditionnons à raffoler de tous les sports en plein air. En même temps, nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on consomme des articles manufacturés aussi bien que du transport. »

Mais « chassez le naturel, il revient au galop ». Et c’est donc des personnages qui sortent de la norme fordienne que nous présente Huxley pour remettre en cause ce système. Alors que la jeune Lenina entre totalement dans le moule fordien, Bernard Marx, psychologue Alpha se sent différent, aime la réflexion, le calme, les longues discussions et n’adhère ni à la religion fordienne ni à la prise incessante de Soma. Helmholtz, lui, écrit de la poésie. Et surtout John, le Sauvage, né de manière naturelle d’une mère Alpha qui s’était perdue dans une réserve de sauvages. N’ayant pas subi de conditionnement, John pose un regard neuf et critique sur le modèle fordien.

Ainsi page 244

« Le monde est stable à présent. les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. Ils sont à l’aise ; ils sont en sécurité ; ils ne sont jamais malades ; ils n’ont pas peur de la mort ; ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la vieillesse ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si, par hasard quelque chose allait de travers, il y a le soma – que vous flanquez froidement par la fenêtre au nom de la liberté, monsieur le Sauvage. La liberté ! – Il se mit à rire – Vous vous attendez à ce que les Deltas sachent ce que c’est que la liberté ! Et voilà que vous vous attendez à ce qu’ils comprennent Othello ! Mon bon ami !

Le Sauvage resta un moment silencieux.

– Malgré tout, insista-t-il avec obstination, Othello c’est bien ; Othello c’est mieux que les films sentants.

– Bien entendu, acquiesça l’Administrateur. mais c’est là la rançon dont il nous faut payer la stabilité. Il faut choisir entre le bonheur et ce qu’on appelait autrefois le grand art. Nous avons sacrifié le grand art. Nous avons à la place les films sentants et l’orgue à parfums. »

Ou encore page 265 :

« – Mais je n’en veux pas du confort. je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. je veux du péché.

– En somme, dit Mustapha Meunier, vous réclamez le droit d’être malheureux.

– Et bien soit, dit le Sauvage d’un ton de défi, je réclame le droit d’être malheureux.

– Sans parler du droit de vieillir, de devenir laid et impotent ; du droit d’avoir la syphilis et le cancer ; du droit d’avoir trop peu à manger ; du droit d’avoir des poux ; du droit de vivre dans l’appréhension constante de ce qui pourra se produire demain ; du droit d’attraper la typhoïde, du droit d’être torturé par des douleurs indicibles de toutes sortes.

Il y eut un long silence.

– Je les réclame tous, dit enfin le Sauvage.

Mustapha Meunier haussa les épaules.

– On vous les offre de grand cœur, dit-il. »

Aucun de ces personnages ne semble spécialement sympathique. Mais la confrontation de leurs idées permet une réflexion sur de nombreuses notions : le bonheur, Dieu, le prix de la stabilité politique et sociale…

En conclusion, j’ai vraiment apprécié cette lecture. Certes, je n’ai pas aimé le style d’écriture d’Aldous Huxley et j’ai trouvé que les dialogues entremêlés rendaient parfois la lecture difficile. Mais j’ai trouvé magistrale la construction de son monde utopique ! Quand à sa réflexion sur le bonheur, je trouve qu’elle fait totalement sens et m’a plongée dans de longues réflexions.

11 commentaires

  1. Je l’ai aussi depuis longtemps moi aussi, mais j’ai encore un peu de mal à me lancer. Je suis assez hermétique à ce genre de sujet, même si j’envisage de le lire comme c’est un roman désormais classique dont je n’ai entendu que du bien.

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