Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate de Juan José Millas

J’avais envie de sortir un peu de ma zone de confort littéraire. C’est chose faite avec ce roman étrange de Juan José Millas dont le titre est déjà lui-même assez singulier : Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate. Un véritable ovni littéraire qui mêle humour, solitude, folie et réflexion sur notre société !

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Titre : Où l’on apprend le rôle joué par une épingle à cravate

Auteur : Juan José Millas

Editeur : Plon – Collection feux croisés

Pages : 176

Parution : 2018

Genre : Littérature espagnole, Contemporain

 

L’histoire (4ème de couverture)


Damián Lobo, quarante ans, vit à Madrid dans une solitude extrême depuis qu’il a perdu son emploi. Sergio O’Kane, son ami imaginaire, est son seul confident.
Un jour, afin de faire un cadeau à Sergio, Damián vole une épingle à cravate, puis fuit dans les dédales d’un marché d’antiquités et se cache dans une grosse armoire en chêne pour échapper aux vigiles. Avant qu’il puisse en sortir, le meuble est acheté et aussitôt livré dans la chambre de Lucía et Federico, où Damian s’installe en se calfeutrant dans l’armoire. S’il veille à ce que sa présence passe inaperçue, Damián reste néanmoins de longues heures à observer les membres de la famille et s’occupe des tâches ménagères. Très vite, il prend goût à sa nouvelle existence de bon génie utile et bienveillant, mais osera-t-il un jour révéler son existence et sortir de sa cachette ?

 

Mon avis


J’ai vraiment été déroutée par ce livre très étrange. Dès le début, on est mis dans l’ambiance avec un personnage souffrant de dédoublement de personnalité ! Damian Lobo, un homme solitaire, vit reclus dans son appartement depuis son licenciement. pour se parler à lui-même, il s’est crée un double mental, Sergio O’Kane, doté d’un physique, d’un caractère et d’un passé. Damian imagine que leurs conversations ont lieu dans le cadre d’un talk show diffusé en direct à la télévision nationale. Tout le long du roman, il nous fait donc part de ses pensées via ce talk show, avec des pauses pub, des courbes d’audiences et des disputes avec son animateur virtuel.

Damian se retrouve un jour par hasard dans une brocante ou il vole une épingle à cravate en or (d’où le titre du roman) pour l’offrir à Sergio O’Kane. Pris en chasse par l’agent de sécurité, il se cache dans une armoire  vendue sur la brocante. Mais cette armoire est achetée et immédiatement transportée au domicile de la nouvelle propriétaire, Lucia.  Ce roman commence donc de façon burlesque, rappelant un peu l’histoire de Puertolas L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA.

Mais la ressemblance s’arrête là. Car très vite, le roman de JJ Millas prend une tournure plus étrange et plus dérangeante. Au lieu de partir quand il en a l’occasion, Damian reste dans la maison de Lucia. Il se crée une cachette derrière le placard et, de là, observe la vie de la famille. Lucia, son mari Fede et leur fille Maria, le fascinent. Pendant leur absence, Damian tente de se rendre utile en faisant la vaisselle, la lessive, le repassage, les lits, en réparant les meubles et en faisant même le repas. Étrangement, aucun membre de la famille ne s’en étonne, hormis Lucia qui met cela sur le compte d’un esprit bienfaisant. En effet, Lucia ressent une présence dans sa maison mais, adepte de littérature ésotérique et de phénomènes occultes elle le prend pour un fantôme.

L’esprit dérangé de Damian se prend au jeu, tant et si bien qu’il croit réellement qu’il est un fantôme. Il perd totalement pied avec la réalité…

Ce livre m’a vraiment déroutée par le côté étrange des réflexions de Damian par exemple quand il se compare avec une murène tapie dans l’océan, quand il se prend pour un fantôme ou lors de ses conversations avec son double mental. Pourtant, les questionnements sonnent justes.

Le côté voyeuriste est également dérangeant. Mais  malgré tout, cela ne m’a pas empêchée d’avoir envie de connaître la suite de l’histoire. Damian nous entraîne peu à peu dans son monde schizophrène. Étrangement, pour lui, le monde extérieur est une prison alors que la liberté se trouve dans le confinement de son placard.

A travers ce roman, JJ Millas nous interroge sur  la solitude de chacun dans la société. Qui est le plus seul dans ce roman : Damian dans son placard ou les membres de cette famille ?

Il nous questionne aussi sur la place accordée au monde virtuel d’Internet. Damian ne vit-il pas plus sur le forum internet sous le pseudo de Majordome Fantôme, que dans le monde réel ? A-t-il jamais autant interagi avec les autres que via Internet ?

Bref, une lecture étrange mais non dépourvue d’intérêt !

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