Le crime du Comte Neville d’Amélie Nothomb

Très gros coup de cœur pour ce petit roman plein d’humour noir d’Amélie Nothomb. Je l’ai dévoré en deux heures, pressée de découvrir quel invité ferait les frais de la prédiction annoncée au Comte Neville. Et si le dénouement est un peu rapide, ce roman loufoque m’a tout de même enchantée !

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Titre : Le crime du comte Neville

Auteur : Amélie Nothomb

Editeur : Audiolib

Durée : 2h02

Genre : Roman contemporain, littérature belge

L’histoire


Henri, comte de Neville, aristocrate désargenté de 68 ans, se rend chez Rosalda Portendurière, une voyante qui a recueilli sa fille Sérieuse qui avait fugué pour passer la nuit en forêt. Après l’avoir sermonné sur sa relation avec sa fille, la voyante lui annonce en toute simplicité qu’il va assassiner l’un des invités de sa Garden Party quelques jours plus tard.

Cela parait inacceptable pour ce comte expert en organisation d’événements mondain, qui réalise là son ultime réception avant la vente du château familial. Sans songer un seul instant à remettre en question la prédiction de la voyante, Neville cherche la solution idéale pour tuer un invité sans entacher l’honneur de sa famille.

Sa fille Sérieuse décide de l’aider en se proposant comme victime.

Mon avis


Avec sa plume aiguisée, Amélie Nothomb nous raconte ici une histoire farfelue, pleine d’humour et de cynisme. Le style est fluide et permet une lecture très rapide.

Ce court roman est étayé de références littéraires et mythologiques. On démarre par un parallèle avec la nouvelle d’Oscar Wilde Le crime de Lord Arthur Saville dans lequel lord Arthur se voit annoncer par un chiromancien qu’il va devoir tuer un invité le jour de ses noces. Par un jeu de mise en abîme, c’est le comte Neville lui-même qui met en lumière ce parallèle.

« Et dire que j’ai ri de ce pauvre lord Arthur songea Neville en refermant le livre . En plus, mon cas est mille fois pire que le sien. Lui, apprend seulement qu’il va devoir tuer quelqu’un, ce qui peut arriver à l’importe qui, par accident ou pour mille autre raison très défendables. Moi, je vais tuer un invité pendant la réception que je donne… »

Ensuite, il y a de nombreuses évocations d’Agamemnon, héros de la mythologie grécque. Selon la prophétie d’un devin , ce roi de Mycénes, père de Iphigénie, Chrysothèmis, Electre et Oreste, doit sacrifier la vie de sa fille Iphigénie pour calmer le courroux de la déesse Artémis. Ici, le comte Neville a prénommé ses enfants Oreste et Electre. Seule Sérieuse, qui pourtant endosse le rôle de la fille sacrifiée Iphigénie, a échappé au prénom issu de la mythologie.

Les dialogues sont savoureux avec un rythme dynamique grâce notamment à l’opposition père/fille.

– Je ne me rendais pas compte que ta crise d’adolescence était à ce point aiguë.

– c’est parce que je ne parle guère

– Je te préférai muette. Là tu parles et c’est désastreux !

On a également droit à un moment surréaliste de dialogue entre Neville et un vieil aristocrate sur l’existence de précédents de meurtre lors d’une garden party et sur ce qui est acceptable ou non en matière de crime dans le milieu de la noblesse.

– Y a-t-il un précédent en matière d’assassinat au cours d’une réception dans notre milieu ?

– oh, il y en a beaucoup, je ne pourrais pas tous te les citer mon cher Henri.

– Détail qui a son importance : y a-t-il un cas ou l’assassin était celui qui recevait

– Ah bien sur, […] là aussi les cas abondent. Il est plus rare que l’invité tue l’hôte, c’est plus difficilement défendable. Alors que l’hôte qui tue l’invité, tout le monde peut le comprendre !

– Tu veux dire qu’il n’y a pas eu de conséquence ?

– Que vas tu imaginer ? La justice a sévi, bien sur.

– Je voulais parler de l’opinion. Comment notre monde a il traité ces assassin

– Notre monde a très bien compris et a continué de recevoir ces gens et leurs familles

– Comment recevoir des personnes qui sont en prison ou sur l’échafaud ?

– En leur envoyant des cartons d’invitation à leur nom.

Sous couvert d’un récit gai et léger, Amélie Nothomb soulève tout de même quelques points de réflexion. Tout d’abord, elle trace un portait au vitriol de l’aristocratie via l’exemple du père Aucassin Neville qui a sacrifié sa famille au « paraître », au faste de ses réceptions et au maintien du prestige de son nom.

« La vie de château » Si les gens savaient en quoi cela consiste ! A cause de toi, mon aimé, j’ai crevé de faim jusqu’à mes dix-huit ans, j’ai crevé de froid tous les hivers et Dieu m’est témoin qu’ici les hivers durent la moitié de l’année ! On a raison de dire que la haine est proche de l’amour. Je t’ai haï quand ma sœur Louise est morte presque sans soin à l’hiver 1958. J’avais douze ans et elle quatorze, nous n’avions pas le droit de prononcer le nom de sa maladie mais la malnutrition et le froid l’avaient aggravée, avant l’age adulte. Je n’ai jamais mangé de viande rouge, faut-il préciser que ce n’est pas cela qui m’a brisé le cœur, et pourtant mon père Aucassin aimait Louise d’amour fou. Il était simplement incapable de changer de vie, de ne pas tout sacrifier aux apparences, de ne pas recevoir fastueusement la Belgique noble une fois par mois, même s’il fallait crever de misère le reste du temps

L’auteure fait aussi une digression sur l’évolution de place des enfants dans la société nobiliaire et plus largement dans la société.

Les enfants de l’ancien monde n’avaient droit qu’à une portion congrue d’attention et d’affection, sauf s’ils s’efforçaient de séduire leurs parents ; les enfants modernes étaient dès leur naissance l’objet d’une tentative de séduction de la part de leurs parents – ces derniers n’ayant droit qu’à une portion congrue d’affection. C’était une révolution de point de vue : les enfants, qui dans l’ancien monde n’étaient qu’un moyen, étaient devenus la fin, le souverain but.

Enfin et surtout, Amélie Nothomb base son récit sur le mal-être de Sérieuse. Depuis ses 12 ans, cette petite fille autrefois affectueuse et enjouée, a perdu le goût de vivre.

Le pire c’est que je ne ressent plus rien depuis mes douze ans et demi. Et quand je dis rien c’est rien. Mes cinq sens fonctionnent très bien : j’entends, je vois, j’ai le goût, l’odorat le toucher. Mais je n’éprouve aucune des émotions qui y sont liées. Tu n’as pas idée de l’enfer que je vis. Bernanos a raison : l’enfer c’est le froid. J’habite à demeure le zéro absolu.

Sa famille, tout comme le médecin, pense qu’il s’agit d’une simple crise d’adolescence mais elle laisse entendre, sans l’expliciter, qu’un événement brutal l’a traumatisée. C’est avec une délectation implacable qu’elle met au point les détails pratiques de son propre meurtre par son père.

Les tergiversations du comte sur la victime idéale d’un garden party m’ont beaucoup amusées et je trouve que le suspens était habilement maintenu tout au long de l’histoire. Mon seul regret concerne le dénouement de l’histoire qui est certes amusant mais beaucoup trop lapidaire à mon goût.

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6 réflexions sur “Le crime du Comte Neville d’Amélie Nothomb

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  2. Pingback: On lit quoi ? La Blogo lit quoi? – #5 – La sélection de Mai | La Frog Family

    • Bonjour Xiouxiou
      Jusque là je n’avais lu qu’un seul livre d’Amélie Nothomb que j’avais bien aimé mais sans plus. Par contre Le crime du comte Neville m’a tellement plu que je viens d’acheter deux autres romans de cette auteure !
      En plus il est vraiment très rapide à lire. Je te le conseille.

      J'aime

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